Toiture & isolation

Comment jointoyer une toiture en tuiles canal avec du mortier facilement

Le jointoiement d'un faîtage en tuiles canal ne s'improvise pas : mauvais dosage, tuiles non humidifiées, gel... et huit mètres à refaire. Découvrez les erreurs à éviter et les bonnes pratiques.

Comment jointoyer une toiture en tuiles canal avec du mortier facilement

La première fois que j'ai jointoyé un faîtage, j'ai fait tout ce qu'il ne faut pas : ciment pur, dosage au pif, tuiles posées à sec la veille. Trois semaines plus tard, au premier redoux après une nuit à -4 °C, le joint s'est ouvert comme une grenade. Huit mètres de faîtage à refaire, une journée perdue, et une leçon que je n'ai pas oubliée.

Le jointoiement d'une toiture en tuiles canal au mortier, c'est un peu le sujet dont personne ne parle vraiment. On trouve des pages sur le scellement des faîtières, des fiches techniques pour la pose des tuiles, mais presque rien sur ce qui se passe entre les tuiles une fois qu'elles sont en place. Or c'est là que ça se joue. Un faîtage mal joint, et vous avez de l'eau qui entre par capillarité sous les couvertes, des tuiles qui bougent au vent, et à terme une charpente qui souffre.

Points clés à retenir

  • Le mortier bâtard (ciment + chaux + sable) est presque toujours supérieur au ciment pur pour un faîtage exposé au gel.
  • Il faut distinguer le scellement des faîtières et le jointoiement de la couverture : ce ne sont ni les mêmes gestes ni les mêmes dosages.
  • Une tuile terre cuite poreuse doit être humidifiée avant jointoiement, sinon elle pompe l'eau du mortier et le joint n'adhère pas.
  • Un mortier qui prend trop vite en plein soleil est un mortier qui fissure.
  • Le mastic-colle polyuréthane est une alternative valable, mais pas dans tous les cas de figure.
  • La finition du joint (lissage, épaisseur) compte autant que le dosage.

Jointoyer ou sceller : la différence qui change tout

Avant de parler dosage, il faut clarifier un truc que j'ai mis des années à comprendre vraiment. Quand on parle de jointoyer une toiture en tuiles canal avec du mortier, on mélange en réalité deux opérations distinctes.

Le scellement des faîtières

C'est l'opération la plus connue. On pose un boudin de mortier — ce qu'on appelle l'embarrure — de chaque côté de la ligne de faîte, puis on vient asseoir les tuiles faîtières dessus. Le mortier sert ici de lit et de calage. Il doit être assez ferme pour tenir la tuile en place sans qu'elle glisse, mais assez souple pour épouser les irrégularités de la tuile canal (et Dieu sait qu'il y en a).

Sur ce point précis, la plupart des sources se rejoignent : un mortier bâtard, soit 1 volume de ciment pour 1 volume de chaux et 4 à 5 volumes de sable 0/2. L'eau, environ un demi-volume, ajustée à la consistance. Pas plus. Un mortier trop liquide ne tient pas la faîtière, un mortier trop sec n'adhère pas.

Le jointoiement de la couverture

Et là, on entre dans le sujet que les fiches techniques esquivent. Les tuiles canal sont posées en rangées alternées : une courante (creuse, exposée), une couverte (posée à l'envers par-dessus). Le jointoiement de la couverture, c'est le travail sur ces recouvrements — les endroits où deux tuiles se chevauchent et où l'eau peut s'infiltrer par capillarité si rien ne bloque.

Franchement, sur une toiture en bon état et correctement posée avec le bon recouvrement (14 à 17 cm), ce jointoiement n'est pas toujours nécessaire. Je dirais même qu'on le surestime. Mais il devient utile dans trois cas que j'ai rencontrés plusieurs fois :

  • Toiture ancienne dont les tuiles ont bougé et dont les recouvrements ne sont plus alignés.
  • Zone très exposée au vent de pluie, où la capillarité fait remonter l'eau sous les couvertes.
  • Réfection partielle après remplacement de tuiles cassées, où l'on veut homogénéiser l'ensemble.

Une chose est sûre : jointoyer toute la couverture au mortier sur une surface importante, c'est un chantier lourd, salissant, et pas toujours justifié. J'ai vu des couvreurs le faire à tort sur des toitures saines, parce que le client le demandait. Résultat : un an plus tard, les joints commençaient à se décoller par plaques. Le mortier n'aime pas travailler en couche mince sur un support qui bouge.

Quel mortier pour sceller et jointoyer les tuiles canal ?

La question revient sans arrêt : quel mortier pour sceller des tuiles ? Et la réponse honnête, c'est : ça dépend de ce que vous faites exactement.

Quel mortier pour sceller et jointoyer les tuiles canal ?

Le dosage qui fonctionne pour un faîtage

Pour le scellement des faîtières, mon dosage de référence après plusieurs chantiers :

  • 1 volume de ciment (CPA CEM II ou CEM I, peu importe pour ce usage)
  • 1 volume de chaux aérienne ou hydraulique (NHL 3.5 ou 5 selon l'exposition)
  • 4 à 5 volumes de sable 0/2 — un sable trop gros ne se lisse pas correctement dans les joints fins
  • Environ 0,5 volume d'eau, ajusté à la consistance d'une pâte à modeler ferme

Ce dosage, c'est celui qui tient. J'ai testé le ciment pur une fois — une fois, ça m'a suffi. Le problème du ciment seul, c'est qu'il est trop rigide : il ne tolère aucun mouvement différentiel entre la tuile et le support. Au premier cycle gel-dégel, il fissure. Sur une tuile canal posée sur liteaux, où le bois travaille encore un peu, c'est une garantie de reprise à court terme.

La chaux, elle, apporte de la souplesse. Elle laisse le mortier respirer et encaisser les micro-mouvements. C'est pour ça que le mortier bâtard est la norme sur les toitures anciennes — il est plus proche du mortier d'origine, et il vieillit mieux.

Et pour un joint de couverture ?

Là, le dosage change légèrement. On cherche un mortier plus liquide, plus gras, qui va s'insinuer dans les recouvrements sans les surcharger en épaisseur. Je descends le sable à 3-4 volumes, je monte légèrement la chaux, et j'accepte un mortier plus souple. L'objectif n'est pas de tenir une tuile, mais de combler un interstice fin sans créer une surépaisseur qui va casser au premier choc thermique.

Usage Ciment Chaux Sable 0/2 Eau
Scellement faîtières 1 1 4 à 5 ~0,5
Jointoiement couverture 1 1,5 3 à 4 ~0,6
Reprise ponctuelle sur ancien 1 1 4 ~0,5
Ciment pur (à éviter) 1 0 3 ~0,5

La dernière ligne est là pour mémoire. Si vous tombez sur un devis qui ne prévoit que du ciment, posez la question. Ce n'est pas forcément un mauvais signe — certains couvreurs maîtrisent très bien le ciment seul sur des toitures récentes et bien stables. Mais sur une tuile canal ancienne, c'est un pari.

Le geste : préparation, application, finition

Un bon dosage ne sert à rien si le support est mal préparé. C'est l'erreur que j'ai faite pendant longtemps : je préparais le mortier comme un chef, et je le posais sur des tuiles poussiéreuses et sèches. Résultat : le mortier tirait son eau de contact dans la tuile, séchait trop vite, et n'adhérait qu'en surface.

Le geste : préparation, application, finition

Préparer les tuiles avant jointoiement

Étapes dans l'ordre, et je vous assure que sauter la première se paie cash :

  1. Nettoyer : brosse métallique ou brosse à chiendent sur les zones à jointoyer. Mousse, lichen, poussière — tout doit partir.
  2. Dépoussiérer : un coup de soufflette ou de balai, sinon la poussière se mélange au mortier et le rend friable.
  3. Humidifier : c'est l'étape que tout le monde oublie. Un pulvérisateur ou une éponge humide sur les tuiles juste avant l'application. Pas trempées, juste humides. La tuile terre cuite est poreuse, elle boit.
  4. Appliquer un primaire d'accrochage si les tuiles sont très lisses ou vernissées — un gobetis (mortier très liquide projeté) fait très bien l'affaire.

Sur la dernière étape, je sais que certains s'en passent. Sur une tuile canal classique, non vernissée, l'humidification suffit généralement. Mais si vous avez affaire à des tuiles très denses ou légèrement vitrifiées, le primaire change la donne.

Appliquer le mortier sans se rater

Pour un faîtage, je procède par sections de 1 à 1,5 mètre maximum. Au-delà, le mortier commence à prendre avant que j'aie fini de poser. La truelle de maçon, un boudin régulier de chaque côté de la ligne, puis la faîtière posée dessus avec une légère pression. On vérifie l'alignement à l'œil et au cordeau.

Le lissage, c'est là que le joint prend sa forme finale. Truelle langue de chat pour dégrossir, puis éponge humide — pas mouillée — pour lisser sans arracher. Un joint bien lissé, c'est un joint qui évacue l'eau. Un joint laissé brut, c'est un joint qui retient la mousse.

Et le timing : par temps chaud et sec, je travaille tôt le matin ou en fin d'après-midi. Un mortier qui sèche en plein cagnard à 30 °C, c'est un mortier qui fissure avant d'avoir durci. Si je dois travailler en plein soleil, je bâche, ou j'humidifie régulièrement à l'éponge. Il y a deux ans, sur un chantier en juillet, j'ai perdu 6 mètres de faîtage comme ça — séchage trop rapide, micro-fissures partout, reprise complète.

Combien de temps avant la pluie ?

Question qu'on me pose souvent, et à laquelle je ne peux répondre qu'en ordre de grandeur : comptez 24 à 48 heures minimum sans pluie significative pour que le mortier ait suffisamment pris. En dessous, l'eau peut lessiver la surface du joint, surtout s'il n'a pas encore commencé à durcir. Si la pluie tombe dans les 6 heures, vous pouvez dire adieu à la finition propre. Le mortier ne sera pas forcément ruiné, mais il sera laid, et il faudra le rattraper au bout d'un an.

Le vrai indicateur, c'est la météo sur 48 heures glissantes, pas la météo du jour. Je regarde toujours la veille au soir, et je décale si besoin. Un chantier reporté d'une journée coûte moins cher qu'un faîtage à refaire.

Le mortier, ou le mastic polyuréthane ?

Le mastic-colle polyuréthane (type PU) est une vraie alternative pour certaines opérations. Avantages : pas de dosage, application au pistolet, élasticité permanente, adhérence excellente sur tuile propre. Inconvénients : coût au mètre linéaire bien supérieur au mortier, tenue dans le temps moins éprouvée sur les fortes pentes exposées, et rendu esthétique qui n'est pas celui d'un joint traditionnel. Je l'utilise pour des reprises ponctuelles sur tuiles fragiles ou pour des joints de couverture difficiles d'accès. Pour un faîtage complet, je reste au mortier.

Les erreurs qui coûtent cher

Je les ai toutes faites au moins une fois. Voilà celles qui reviennent le plus souvent, chez moi comme chez d'autres.

Le dosage au feeling. Le mortier, ce n'est pas de la cuisine. Une petite balance et un seau gradué, c'est quinze euros et ça évite de refaire un faîtage. Les volumes se mesurent à la pelle ou au seau — pas à l'œil.

Le mortier trop liquide. On croit que ça va mieux pénétrer. En réalité, ça coule, ça ne tient pas la faîtière, et ça s'écrase quand on lisse. La bonne consistance, c'est celle qui tient sur la truelle retournée sans tomber.

Négliger le jointoiement des recouvrements. Beaucoup de couvreurs se concentrent sur le faîtage et laissent les recouvrements tels quels. Sur une toiture saine, c'est souvent suffisant. Sur une toiture ancienne, ça se voit à la première pluie battante.

Travailler trop vite sur de grandes surfaces. Le mortier a une durée de vie limitée dans le seau — une heure, une heure et demie selon la température. Au-delà, il commence à prendre et il faut le jeter. Je prépare par petites quantités, quitte à mélanger trois fois dans la journée. C'est moins frustrant que de jeter la moitié d'un seau.

Oublier de vérifier le support. Un liteau pourri, une tuile fendue qu'on n'a pas vue, et le mortier tient sur du vide. Le joint pète au premier coup de vent. Rien ne sert de jointoyer proprement si dessous ça bouge.

Faut-il vraiment jointoyer toute la toiture ?

Non. Et je vais même plus loin : dans la majorité des cas, non.

Une toiture en tuiles canal correctement posée avec le bon recouvrement n'a pas besoin d'être jointoyée sur toute sa surface. Le recouvrement fait le travail d'étanchéité. Le mortier sur la couverture, c'est un pansement destiné à compenser un défaut : tuiles irrégulières, recouvrement insuffisant, zone de capillarité. Le poser systématiquement, c'est ajouter un élément qui va vieillir plus vite que la toiture elle-même.

Ce que je conseille, et c'est ce que je fais maintenant sur mes propres chantiers : je jointoie le faîtage, systématiquement, parce que là c'est vraiment nécessaire. Et je n'interviens sur la couverture que là où il y a un problème réel — tuiles désaffleurées, recouvrement insuffisant, trace d'infiltration.

Ce que je vois le plus souvent, c'est l'inverse : on jointoie pour rassurer. On se dit qu'un joint de plus, c'est un risque en moins. Sauf que chaque joint est aussi un point de faiblesse potentiel — un endroit où l'eau peut stagner, où la mousse peut s'accrocher, où le gel peut travailler. Un joint bien fait, oui. Un joint ajouté sans raison, non.

Et si vous vous demandez si c'est le bon moment pour faire ça sur votre toiture : regardez l'état des faîtières. Une faîtière qui bouge, un mortier qui s'effrite, une tuile qui sonne creux sous le doigt — là, il faut intervenir. Sinon, la meilleure chose à faire, c'est souvent de laisser la toiture tranquille et de surveiller deux fois par an, au printemps et à l'automne.

La tuile canal, c'est un matériau vivant. Elle bouge, elle travaille, elle vieillit. Le mortier doit faire pareil.

Olivier Gaillard

Olivier Gaillard

Olivier Gaillard couvre depuis plus de quinze ans les secteurs de l’électricité, de la plomberie ainsi que de la peinture et des revêtements. Son travail journalistique l’a conduit à traiter de sujets techniques allant des normes de sécurité électrique aux innovations en matière de finitions murales. Il s’attache à rendre accessibles les informations pratiques destinées aux professionnels du bâtiment comme aux particuliers.

Voir tous les articles →